Description de l’épisode
En 1979, Margie Honey travaille dans un magasin Toys “R” Us de Sunnyvale, en Californie, lorsqu’une cliente lui rapporte une poupée défectueuse. Le jouet mesure environ 90 centimètres, possède de longs cheveux blonds et porte une combinaison. La cliente explique que la poupée, normalement capable de parler, ne fonctionne plus.
Margie décide de la vérifier avant d’accepter le retour. Elle essaie de la faire parler, mais rien ne se produit. Convaincue que le jouet est défectueux, elle le replace dans sa boîte.
C’est alors que la poupée se met à parler.
Surprise, Margie ouvre la boîte pour examiner le jouet. Immédiatement, la poupée devient silencieuse. Elle referme la boîte et, quelques instants plus tard, la poupée recommence à parler.
Margie répète l’expérience. Chaque fois qu’elle ouvre la boîte, le jouet se tait. Et chaque fois qu’elle la referme, il recommence à parler.
De plus en plus mal à l’aise, elle demande finalement à un collègue de transporter la poupée dans l’entrepôt. Mais selon son témoignage, le jouet continue de parler pendant tout le trajet.
L’incident pourrait facilement passer pour une légende urbaine. Pourtant, Margie Honey est une véritable employée du Toys “R” Us de Sunnyvale, et son histoire est rapportée dans le San Francisco Examiner en 1979.
Et elle n’est pas la seule à raconter des événements étranges dans ce magasin.
Des coups mystérieux après la fermeture
Situé au 130 El Camino Real, le Toys “R” Us de Sunnyvale a ouvert ses portes en 1970. À première vue, il ressemble à n’importe quel autre magasin de la célèbre chaîne américaine. Les familles y trouvent des poupées, des peluches, des jeux de société et des centaines d’autres jouets.
Mais pour certains employés, les lieux deviennent particulièrement inquiétants après le départ des clients.
Charlie Brown travaille au magasin lorsqu’il vit une expérience qu’il racontera lui aussi aux journalistes.
Un soir, alors qu’il termine son quart de travail, il verrouille les portes de l’établissement. Peu après, il entend de violents coups provenant de l’intérieur.
Pensant qu’une personne est peut-être restée enfermée dans le magasin, Charlie retourne vérifier les lieux. Il parcourt le bâtiment, mais ne trouve personne.
Il verrouille de nouveau les portes.
Et les coups recommencent.
D’autres employés rapportent des incidents tout aussi inhabituels.
Regina Gibson raconte qu’elle se trouvait sur une échelle pour ranger des marchandises lorsqu’elle a soudainement senti quelqu’un lui toucher les cheveux. Pourtant, selon elle, personne ne se trouvait derrière elle.
Bill Peevan affirme pour sa part avoir retrouvé au sol des présentoirs qu’il venait de ranger soigneusement. Il raconte que des objets semblaient se déplacer alors qu’aucun employé ne se trouvait à proximité.
Quant à Margie Honey, son expérience avec la poupée n’est pas la seule qu’elle rapporte. Elle affirme avoir vu des tableaux d’affichage se détacher des murs et des piles de papiers tomber mystérieusement, feuille après feuille, sans qu’aucun courant d’air puisse expliquer ce qui se produisait.
Les employés évoquent également des robinets qui s’ouvrent seuls, des lumières qui s’allument ou s’éteignent et des jouets qui tombent des étagères.
Bien sûr, aucun de ces témoignages ne prouve qu’un fantôme se trouve dans le magasin. Mais leur accumulation finit par attirer l’attention des journalistes.
En 1979, le San Francisco Examiner publie les récits de plusieurs employés. Et ce qui aurait pu demeurer une série d’incidents racontés entre collègues devient progressivement une véritable histoire de fantômes.
Les manifestations continuent
Cinq ans plus tard, en octobre 1984, le San Francisco Examiner revient sur le magasin hanté de Sunnyvale.
Les histoires n’ont pas disparu.
Des employés continuent de rapporter des phénomènes inhabituels. L’un d’eux explique notamment avoir aperçu à plusieurs reprises, du coin de l’œil, quelque chose qu’il ne parvient pas à identifier.
Certains employés parlent d’une silhouette qui apparaît brièvement avant de disparaître. D’autres disent ressentir une présence lorsqu’ils se retrouvent seuls dans certaines sections du magasin.
La réputation du Toys “R” Us commence alors à attirer des enquêteurs spécialisés dans les phénomènes paranormaux.
Parmi eux se trouve Loyd Auerbach, un parapsychologue américain qui s’intéresse aux témoignages des employés et participe à des investigations sur les lieux.
En 1985, une équipe de télévision se rend au magasin pour présenter cette histoire au public. Le reportage évoque notamment une silhouette blanche et vaporeuse qui aurait été aperçue entre les rayons.
Mais c’est une photographie prise lors d’une séance de spiritisme qui va contribuer à rendre le magasin célèbre.
Un mystérieux personnage apparaît sur une photographie
Lors d’une enquête paranormale organisée dans le magasin, des participants se réunissent pour tenter d’entrer en communication avec l’esprit qui hanterait les lieux.
Des photographies sont prises pendant la séance, notamment à l’aide de pellicule infrarouge.
Sur l’une des images, une silhouette humaine semble apparaître à l’arrière-plan, derrière les participants.
Selon les récits qui accompagnent la photographie, personne n’aurait remarqué cet individu au moment où elle a été prise.
L’image est suffisamment intrigante pour être présentée dans des reportages télévisés et devenir l’une des photographies de fantômes les plus connues associées au magasin.
Pour les personnes convaincues de l’existence d’un esprit, cette silhouette constitue une découverte spectaculaire.
Mais il faut préciser que la photographie n’a jamais démontré la présence d’un fantôme. Une image inhabituelle peut résulter de plusieurs facteurs, notamment des conditions de prise de vue ou de la présence d’une personne non identifiée.
Ce qui est certain, c’est que cette photographie va renforcer considérablement la réputation paranormale du Toys “R” Us.
Et une médium va bientôt prétendre découvrir l’identité du mystérieux visiteur.
Le fantôme aurait un nom
Au cours des enquêtes paranormales consacrées au magasin, Sylvia Browne, une médium américaine qui deviendra plus tard célèbre à la télévision, affirme avoir établi un contact avec l’esprit qui hanterait les lieux.
Selon elle, il s’agirait d’un homme appelé Johnny Johnson, parfois désigné sous le nom de Yonny Johnson.
Il aurait vécu sur la propriété au XIXe siècle, bien avant la construction du magasin.
À cette époque, le terrain appartenait à la famille Murphy, une famille influente qui possédait d’importantes terres agricoles dans la région de Sunnyvale.
Browne raconte que Johnny était un ouvrier agricole originaire de Suède. Il serait tombé amoureux d’Elizabeth Murphy, la fille de son employeur, mais celle-ci n’aurait pas partagé ses sentiments.
Un jour, alors qu’il coupait du bois, Johnny se serait gravement blessé à la jambe avec une hache. Incapable d’obtenir de l’aide, il serait mort après avoir perdu une grande quantité de sang.
Selon la médium, son esprit serait demeuré attaché à la propriété et continuerait d’errer dans le bâtiment, toujours à la recherche d’Elizabeth.
Cette histoire donne soudainement un visage aux manifestations rapportées par les employés.
Les bruits mystérieux, les objets déplacés et les apparitions pourraient être attribués à cet homme mort tragiquement.
Mais personne n’a encore démontré que Johnny Johnson a réellement existé.
Et pendant que cette légende se répand, les témoignages continuent de s’accumuler.
Un ours en peluche qui traverse les airs
En 1991, le Toys “R” Us de Sunnyvale fait l’objet d’un reportage dans l’émission Haunted Lives: True Ghost Stories, présentée par Leonard Nimoy, célèbre pour son rôle de Spock dans Star Trek.
Plusieurs employés actuels et anciens acceptent de raconter leurs expériences devant les caméras.
Parmi eux se trouve Lillian O’Brien, surnommée Putt.
Elle raconte qu’un jour, alors qu’elle travaillait dans le magasin, un petit ours en peluche a soudainement quitté son présentoir.
Mais selon elle, le jouet n’est pas simplement tombé au sol.
Il aurait suivi une trajectoire en arc, comme s’il avait été projeté par une force invisible.
Lillian explique avoir demandé à son gestionnaire s’il avait lui aussi trouvé l’incident effrayant.
D’après son témoignage, celui-ci aurait reconnu avoir eu peur.
Une autre ancienne gestionnaire, Cheryl Royce, raconte une expérience qui l’a profondément marquée.
Alors qu’elle utilise les toilettes du magasin, elle entend soudainement la porte de la cabine voisine s’ouvrir.
Puis elle entend de l’eau couler dans un lavabo.
Pensant qu’une autre personne vient d’entrer, Cheryl regarde à travers l’espace situé sous la porte de sa cabine.
Mais elle ne voit personne.
Selon son témoignage, les bruits sont bien réels, mais aucune personne n’est visible.
L’incident l’effraie suffisamment pour qu’elle décide de ne plus utiliser les toilettes du magasin.
Six semaines plus tard, elle quitte son emploi.
Ces témoignages, diffusés à la télévision, contribuent à faire connaître l’histoire du Toys “R” Us bien au-delà de la Californie.
Pour les amateurs de phénomènes paranormaux, le magasin devient un lieu incontournable.
Mais plusieurs décennies plus tard, une journaliste va découvrir que l’histoire du prétendu fantôme comporte d’importantes contradictions.
Une enquête remet la légende en question
En mars 2018, alors que Toys “R” Us traverse une grave crise financière, la journaliste Katie Dowd décide de vérifier l’histoire de Johnny Johnson.
Plutôt que de chercher à déterminer si les employés ont réellement aperçu des esprits, elle examine les archives historiques pour savoir si l’homme décrit par Sylvia Browne a véritablement existé.
Et ses découvertes sont étonnantes.
Selon la médium, Johnny Johnson aurait travaillé sur la propriété Murphy pendant les années 1880 et serait tombé amoureux d’Elizabeth.
Mais les documents historiques révèlent qu’Elizabeth Murphy est morte en 1875, plusieurs années avant la période où Johnny aurait prétendument travaillé sur la propriété.
De plus, elle avait épousé William Taaffe en 1863. Son histoire personnelle ne correspond pas au récit de la médium.
Katie Dowd examine également les recensements de la région et les journaux de l’époque.
Elle ne retrouve aucun document permettant de confirmer l’existence d’un ouvrier nommé Johnny Johnson correspondant à la description de Browne, ni aucun accident de hache semblable à celui qu’elle avait raconté.
Cela ne démontre pas qu’un homme portant ce nom n’a jamais existé.
Mais rien dans les archives consultées ne permet de confirmer son histoire.
La journaliste découvre toutefois qu’un véritable accident mortel s’est produit sur la propriété Murphy en 1894.
Cette année-là, un homme nommé Fred Hoffman meurt asphyxié par du gaz alors qu’il travaille dans un puits. Lorsqu’un membre de la famille descend pour récupérer son corps avec une bougie, le gaz s’enflamme et provoque une explosion.
Ce drame est documenté dans les journaux de l’époque.
Mais aucun élément ne permet de le relier aux manifestations rapportées au Toys “R” Us.
Au terme de ses recherches, Katie Dowd établit donc que la légende de Johnny Johnson repose sur des fondements historiques extrêmement fragiles.
Cela ne règle pas la question des expériences vécues par les employés.
Mais cela remet sérieusement en cause l’identité attribuée au prétendu fantôme.
Le magasin ferme, mais la légende demeure
En 2018, Toys “R” Us annonce la liquidation de ses activités aux États-Unis.
Le magasin de Sunnyvale ferme ses portes après près de cinquante ans d’existence.
Les étagères sont vidées, les jouets disparaissent et les employés quittent les lieux.
Le bâtiment accueille ensuite temporairement un commerce saisonnier Spirit Halloween, une coïncidence plutôt amusante pour un ancien magasin réputé hanté.
Puis, en 2021, la chaîne REI, spécialisée dans les articles de plein air, s’installe dans l’ancien Toys “R” Us.
En mai 2025, la station publique KQED publie une rétrospective sur cette histoire.
La journaliste Rae Alexandra constate que les témoignages de phénomènes paranormaux sont devenus beaucoup plus rares depuis l’arrivée de REI.
Quelques personnes évoquent encore des incidents inhabituels, mais rien de comparable à la multitude d’histoires qui avaient fait la réputation du magasin de jouets.
Le bâtiment existe toujours.
Mais le fantôme qui aurait hanté ses rayons semble avoir perdu une bonne partie de sa célébrité.
Conclusion — Le fantôme qui n’existait peut-être pas
Pendant près de cinquante ans, un magasin Toys “R” Us de Californie a été associé à des phénomènes que plusieurs employés considéraient comme paranormaux.
Une poupée qui parlait uniquement lorsqu’on la refermait dans sa boîte. Des coups mystérieux derrière des portes verrouillées. Des jouets qui semblaient se déplacer seuls. Des employés qui affirmaient sentir des mains invisibles ou entendre des bruits dans des pièces vides.
Ces témoignages ont été rapportés dans les journaux dès 1979, puis présentés dans plusieurs émissions de télévision.
Une photographie supposément paranormale est devenue célèbre.
Et une médium a même donné un nom au prétendu fantôme : Johnny Johnson, un ouvrier mort tragiquement au XIXe siècle.
Mais lorsque des journalistes ont examiné les archives, ils ont découvert que cette histoire ne correspondait pas aux faits historiques.
La femme que Johnny était censé aimer était morte avant la période où il aurait travaillé sur la propriété.
Et aucun document retrouvé ne permettait de confirmer son existence ou les circonstances de sa prétendue mort.
Cela ne signifie pas que les employés ont nécessairement inventé leurs expériences. Plusieurs ont pu être sincèrement convaincus d’avoir vécu quelque chose d’inexplicable.
Mais les témoignages ne constituent pas, à eux seuls, une preuve de l’existence d’un esprit.
Et c’est peut-être ce qui rend cette affaire aussi fascinante.
Pendant des décennies, des employés ont raconté des expériences étranges dans un magasin rempli de poupées, de peluches et de jouets électroniques.
Puis le magasin a fermé, une autre entreprise s’est installée dans le bâtiment et les témoignages sont devenus beaucoup plus rares.
Comme si le fantôme avait finalement décidé de quitter les lieux en même temps que les jouets.
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