Au début des années 1980, American Airlines cherchait désespérément à obtenir des liquidités pour traverser une période financière difficile. Sa solution semblait brillante : vendre des billets permettant de voyager gratuitement en première classe pour le reste de sa vie. L’idée rapporta rapidement des millions de dollars à la compagnie. Mais quelques clients particulièrement déterminés transformèrent cette opération en véritable cauchemar financier.
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Introduction
Un millionnaire quitte Chicago pour déjeuner à Paris.
Quelques jours plus tard, il s’envole vers la Nouvelle-Écosse avant de rentrer à New York. La semaine suivante, il décide d’assister à une exposition à Londres, simplement parce que l’idée lui traverse l’esprit.
À première vue, on pourrait croire à la vie d’un magnat de la finance possédant un jet privé.
Pourtant, cet homme voyage sur des vols commerciaux réguliers.
Son secret? Un billet d’avion acheté plusieurs années auparavant qui lui permet de voyager gratuitement en première classe aussi souvent qu’il le souhaite.
À une époque où les compagnies aériennes cherchaient désespérément de nouvelles sources de financement, American Airlines a créé l’un des produits les plus audacieux de l’histoire du transport aérien : le AAirpass. Une initiative qui allait rapporter des millions de dollars… avant de devenir un gouffre financier.
Une industrie aérienne bouleversée
Le 24 octobre 1978, le Congrès américain adopte le Airline Deregulation Act.
Cette réforme transforme profondément l’industrie aérienne américaine en facilitant l’entrée de nouveaux transporteurs et en permettant aux compagnies de fixer librement leurs tarifs.
La concurrence explose.
Les grands transporteurs sont forcés de réduire leurs prix pour conserver leur clientèle.
Pour plusieurs entreprises, les marges bénéficiaires fondent rapidement.
American Airlines enregistre notamment une perte de 76 millions de dollars en 1980.
La compagnie a besoin de liquidités, mais les taux d’intérêt extrêmement élevés limitent sa capacité d’emprunt.
La situation n’est pas unique aux États-Unis.
Au Canada, certains prêts personnels affichent alors des taux dépassant 20 %, contribuant à une vague de difficultés financières chez de nombreux ménages.
Face à cette réalité, American Airlines décide de financer sa croissance autrement.
La naissance du AAirpass
En 1981, la compagnie lance le AAirpass.
Pour 250 000 dollars américains, un client obtient le droit de voyager gratuitement en première classe sur tous les vols American Airlines pour le reste de sa vie.
Pour 150 000 dollars supplémentaires, il peut également obtenir un second siège permanent pour accompagner la personne de son choix.
Le concept attire immédiatement une clientèle fortunée.
Au fil des années, le prix augmente considérablement :
- 250 000 $ en 1981;
- 600 000 $ en 1990;
- plus d’un million de dollars en 1993.
Le programme est finalement retiré peu après.
Il fera un bref retour en 2004 dans le catalogue de Noël de Neiman Marcus pour trois millions de dollars, sans trouver preneur.
Un produit conçu pour les très riches
Le AAirpass attire plusieurs personnalités connues.
Parmi les détenteurs figurent notamment :
- Willie Mays;
- Michael Dell.
La plupart utilisent leur privilège de façon raisonnable.
Mais certains clients vont pousser le concept à ses limites.
Steve Rothstein : le voyageur infatigable
Steve Rothstein, un banquier de Chicago, achète son premier AAirpass en 1987.
Deux ans plus tard, il en acquiert un second.
Rapidement, il transforme le programme en mode de vie.
Selon les informations rapportées par le journaliste Ken Bensinger, Rothstein voyage parfois tous les deux jours.
Une exposition à Paris?
Il saute dans un avion.
Une visite à des amis à San Francisco?
Il réserve immédiatement un siège.
En juillet 2004 seulement, il effectue 18 vols.
American Airlines estime plus tard qu’il lui coûte plus d’un million de dollars par année.
Jacques Vroom : 3,2 millions de kilomètres par année
Jacques Vroom pousse encore plus loin l’utilisation du programme.
Consultant en marketing établi au Texas, il finance son achat en contractant un prêt de cinq ans.
Pendant près de vingt ans, il voyage pratiquement sans arrêt.
Selon les données rapportées à l’époque, il parcourt en moyenne 3,2 millions de kilomètres par année.
Il assiste aux matchs de football de son fils sur la côte Est, déjeune régulièrement en Europe et emmène sa famille aux quatre coins du monde.
Pour lui, l’avion devient pratiquement un moyen de transport quotidien.
L’enquête qui change tout
En 2007, American Airlines décide d’examiner de plus près certains détenteurs du AAirpass.
Les résultats inquiètent les dirigeants.
Les enquêteurs découvrent notamment que :
- Rothstein aurait effectué 3 009 réservations en quatre ans;
- 2 523 de ces réservations auraient été annulées à la dernière minute;
- certains sièges réservés auraient empêché la vente de billets à prix régulier.
Dans le cas de Vroom, les enquêteurs identifient plusieurs paiements provenant de tiers ayant bénéficié de ses billets accompagnateurs.
Parmi les exemples cités :
- 2 800 $ pour un voyage à Londres;
- 6 000 $ pour un séjour à Paris;
- plus de 100 000 $ versés au fil des années par des bijoutiers.
Vroom soutient que ces sommes rémunéraient ses conseils professionnels et non les billets eux-mêmes.
American Airlines n’est pas convaincue.
American Airlines révoque les billets
Même si le contrat n’interdit pas explicitement plusieurs de ces pratiques, la compagnie estime que les deux hommes ont détourné l’esprit du programme.
Leurs billets sont révoqués.
Rothstein et Vroom intentent des poursuites judiciaires contre American Airlines.
Ils échouent tous les deux.
Pour la compagnie, le chapitre AAirpass est désormais terminé.
United Airlines et le cas Tom Stuker
American Airlines n’est toutefois pas la seule compagnie à avoir tenté l’expérience.
En 1990, United Airlines lance elle aussi un programme de vols illimités à vie.
Un consultant automobile du New Jersey nommé Tom Stuker débourse 290 000 dollars pour en profiter.
Contrairement aux détenteurs du AAirpass, Stuker devient une véritable légende au sein de la compagnie.
Selon diverses sources :
- il a visité plus de 100 pays;
- il a parcouru environ 36,8 millions de kilomètres;
- il a effectué 373 vols en 2019 seulement;
- il a accumulé suffisamment de miles pour obtenir des avantages exceptionnels.
United Airlines a même baptisé deux avions en son honneur.
Lors de certaines correspondances, une Mercedes vient le chercher directement sur le tarmac pour accélérer ses déplacements.
Il participe également à certaines initiatives de la compagnie, notamment concernant les menus des salons Polaris.
Une idée brillante devenue un cauchemar
À court terme, le AAirpass a atteint son objectif.
Il a permis à American Airlines de recueillir rapidement des capitaux dans une période difficile.
Mais personne n’avait anticipé qu’une poignée de clients utiliseraient le programme de façon aussi intensive pendant plusieurs décennies.
Ce qui semblait être une excellente source de financement est devenu, pour certains détenteurs, une obligation financière pratiquement impossible à rentabiliser.
L’histoire du AAirpass demeure aujourd’hui l’un des exemples les plus célèbres d’un produit dont les conséquences réelles ont largement dépassé les prévisions de ses créateurs.
Conclusion
Lorsqu’American Airlines a lancé son billet à vie en 1981, l’entreprise cherchait simplement à traverser une crise financière.
L’idée semblait ingénieuse : obtenir immédiatement des liquidités en échange d’un avantage dont peu de clients profiteraient pleinement.
Mais quelques voyageurs passionnés ont démontré qu’il ne faut jamais sous-estimer l’imagination humaine lorsqu’il s’agit de maximiser une offre.
Des décennies plus tard, le AAirpass demeure l’un des programmes de fidélisation les plus fascinants de l’histoire du transport aérien. Une initiative conçue pour sauver une compagnie… qui a fini par coûter des millions de dollars à son créateur.
Ce qu’il faut retenir
- American Airlines a lancé le AAirpass en 1981.
- Le billet permettait de voyager gratuitement à vie en première classe.
- Son prix est passé de 250 000 $ à plus d’un million de dollars.
- Steve Rothstein et Jacques Vroom ont utilisé le programme de façon intensive.
- American Airlines estimait que certains détenteurs lui coûtaient plus d’un million de dollars par année.
- Les billets de Rothstein et Vroom ont été révoqués en 2007.
- United Airlines possède encore un détenteur célèbre de billet à vie : Tom Stuker.
Tableau synthèse
| Élément | Détail |
|---|---|
| Année de lancement | 1981 |
| Produit | AAirpass |
| Prix initial | 250 000 $ |
| Billet accompagnateur | 150 000 $ |
| Prix en 1993 | Plus de 1 million $ |
| Client célèbre | Willie Mays |
| Client célèbre | Michael Dell |
| Cas controversés | Steve Rothstein et Jacques Vroom |
| Programme similaire | United Airlines |
| Détenteur emblématique | Tom Stuker |
FAQ
Qu’était le AAirpass d’American Airlines?
Un billet permettant de voyager gratuitement et sans limite en première classe pendant toute sa vie.
Combien coûtait le AAirpass?
Il coûtait initialement 250 000 dollars américains en 1981.
Pourquoi American Airlines a-t-elle créé ce programme?
Pour générer rapidement des liquidités dans un contexte de difficultés financières et de taux d’intérêt élevés.
Pourquoi certains billets ont-ils été révoqués?
La compagnie estimait que certains détenteurs exploitaient le programme de manière abusive et lui causaient des pertes importantes.
Qui est Tom Stuker?
Un consultant américain devenu célèbre pour avoir utilisé un billet à vie de United Airlines afin de parcourir plus de 36 millions de kilomètres.
Sources :
- Article de Ken Bensinger du Los Angeles Times
- Site Web Simple Flying
- Washington Post
- Rick Reilly, du Washington Post
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