En 2006, trois individus ont cru pouvoir soutirer 1,5 million de dollars en vendant des secrets industriels de Coca-Cola à Pepsi. Leur plan semblait parfait : une employée du siège social volait des documents confidentiels, un intermédiaire négociait la vente et un complice gérait les transactions. Pourtant, ils avaient commis une erreur fondamentale : sous-estimer l’éthique de leur principal acheteur potentiel.
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Introduction
Les grandes rivalités commerciales donnent parfois naissance à des histoires dignes des meilleurs films d’espionnage.
Depuis plus d’un siècle, Coca-Cola et Pepsi se livrent une guerre féroce pour conquérir le cœur — et le portefeuille — des consommateurs. Les deux géants ont investi des milliards de dollars en publicité, en innovation et en développement de produits afin de conserver leur avantage concurrentiel.
Mais en 2006, cette rivalité a pris une tournure inattendue.
Trois personnes ont cru avoir trouvé le moyen de transformer des secrets industriels en fortune personnelle. Leur cible n’était nul autre que Pepsi, le principal concurrent de Coca-Cola.
Ce qu’elles ignoraient, c’est que leur plan allait rapidement se transformer en piège.
Une employée de confiance chez Coca-Cola
Au début des années 2 000, Joya Williams, une femme d’une trentaine d’années sans histoire apparente, fut recruté par la multinationale Coca-Cola. Elle travailla pendant trois ans et demi dans la plus grande usine d’embouteillage de l’entreprise avant de rejoindre le siège social à titre d’assistante administrative.
Vers la fin de l’année 2005, soit à l’aube de la quarantaine et quatorze mois après son entrée en poste, elle commença a pensé qu’elle méritait beaucoup plus que le salaire annuel de 50 000$ que lui versait Coca-Cola. Pratiquement au même moment, elle fut présentée à un certain Edmund Duhaney par un ami qu’ils avaient en commun.
La rencontre de Edmund Duhaney
Âgé de 40 ans et père de trois enfants, Duhaney venait de sortir de prison pour trafic de cocaïne et cherchait un moyen pour gagner de l’argent. Williams lui raconta qu’elle bénéficiait d’une position enviable au sein de Coca-Cola, laquelle lui donnait accès à de l’information confidentielle. De fil en aiguille, ils en arrivèrent à élaborer un stratagème qui leur permettrait de se remplir les poches.
Le plan était simple. Williams déroberait des secrets industriels de son employeur, comme des documents internes, des courriels sensibles et des échantillons de produits en développement. Quant à Duhaney, il avait comme mission de dénicher un intermédiaire qui vendrait à gros prix lesdits secrets a Pepsi Co, le principal rival de Coca-Cola.
Ibrahim Dimson : le candidat idéal
Duhaney connaissait le candidat idéal pour effectuer cette tâche : son ami Ibrahim Dimson, un jeune escroc en col blanc et surtout, un charmeur autoproclamé qu’il avait rencontré en prison. Dimson écouta attentivement la proposition de Duhaney et accepta sur le champ de s’associer au duo.
Sous le pseudonyme de « Dirk », Dimson envoya une lettre adressée à un vice-président senior de Pepsi, affirmant qu’il était un cadre supérieur de Coca-Cola prêt à vendre des secrets commerciaux pour 10 000 $. Il ajouta : « Je peux vous fournir des produits et des emballages de certains produits que personne n’a encore vus à l’exception de cinq hauts responsables ».
La réponse de Pepsi
Le trio du patienter deux semaines avant de finalement recevoir un appel d’un certain Jerry. Ce dernier se montra intéressé, mais il souhaitait tout d’abord obtenir des preuves tangibles avant de discuter d’argent. Dimson lui faxa donc 14 pages de documents sur lesquels il y avait la mention « Confidentiel ». Rassuré, Jerry versa la somme demandée à Dimson.
Le trio festoya tout en préparant la suite. Au cours des semaines suivantes, William profita de son statut et du lien de confiance avec ses supérieurs pour subtiliser d’autres documents hautement confidentiels ainsi qu’un échantillon de produits inédits. Une fois amassé, le butin fut remis à Dimson qui demanda 75 000 $ à son interlocuteur.
Pepsi verse 75 000 $
Jerry accepta de verser 30 000 $ maintenant et 45 000 $ plus tard. Les deux hommes se mirent d’accord pour se rencontrer à l’aéroport international Hartsfield-Jackson d’Atlanta. Dimson remit un sac de sport rempli d’informations confidentielles à Jerry alors que ce dernier lui remit une boîte de biscuits contenant 30 000 $ en billets de 50$ et 100$.
Une fois la transaction effectuée, Dimson quitta l’aéroport et monta à bord d’une voiture conduite par Duhaney. Ils rejoignirent Williams et se partagèrent le butin, soit 2 000 $ pour Duhaney, 6 000 $ pour Williams et 22 000 $ pour Dimson. Mais cette somme n’était rien comparativement à l’offre que ferait Jerry dix jours plus tard.
Arrêtés et accusés de fraude
L’homme offrit la somme de 1,5 million de dollars pour obtenir la totalité des secrets restants. Le trio s’empressa d’accepter, croyant avoir remporté le gros lot. Sauf que les choses ne sont pas passées comme il le prévoyait. Le 5 juillet 2006, Williams, Dimson et Duhaney furent arrêtés pour fraude, vol et vente de secrets commerciaux.
La bande de criminelles apprit au même moment que Jerry ne travaillait pas pour Pepsi. En fait, Jerry n’existait pas réellement. Lorsque Pepsi reçut la première lettre, l’entreprise l’a immédiatement remise à Coca-Cola qui l’a transmise à son tour au FBI. Jerry était en fait un agent spécial de la police fédérale qui se prénommait Gerald Reichard.
Le procès de Williams
Williams fut présenté comme une victime lors de son procès qui se déroula à Atlanta, soit la ville qui abrite le siège social de Coca-Cola. Son avocate raconta qu’elle avait emporté chez elle des documents appartenant à Coca-Cola simplement pour en faire des copies. Elle souhaitait ainsi démontrer à ses supérieurs de l’époque qu’elle faisait bien son travail alors que ces derniers n’étaient pas satisfaits de son rendement.
Toujours selon la défense, Dimson, qui habitait dans le même appartement que Williams, en aurait alors profité pour lui dérober les documents à son insu. Le jury composé de six femmes et six hommes n’adhéra pas à cette théorie et déclara Williams coupable, ce qui aurait pu lui valoir jusqu’à 10 ans de prison pour le seul chef d’accusation de complot.
Une peine de prison de huit ans pour Williams
Ce n’est que lors de sa sentence que Williams reconnut finalement sa culpabilité. Elle présenta ses excuses pendant de longues minutes et demanda à la cour de faire preuve de clémence. Le juge ignora sa demande et déclara lors de la lecture de la sentence « C’est le genre de délit qui ne peut pas être toléré dans notre société ».
Devant la gravité des faits, il lui imposa une peine de huit ans de prison. Dimson écopa quant à lui d’une peine de cinq ans de prison. Tous deux écopèrent en plus d’une amende de 40 000 $ en guise de dédommagement.
2 ans de prison pour Duhaney
Duhaney écopa de seulement deux ans de prison alors que la couronne recommandait une peine variant entre 37 et 46 mois. Le juge expliqua sa décision par le fait que Duhaney avait initialement reconnu sa culpabilité et qu’il avait collaboré avec les enquêteurs en témoignant contre Williams.
Lors de la sentence, il déclara « Je me présente devant vous aujourd’hui avec des remords sincères » avant d’ajouter que leur plan n’aurait jamais dû se concrétiser.
Conclusion
L’histoire de Joya Williams rappelle qu’une position de confiance peut devenir un dangereux privilège lorsqu’elle est utilisée à mauvais escient.
Elle démontre également qu’en affaires, la concurrence a ses limites.
Plutôt que de profiter de l’occasion pour obtenir des secrets commerciaux de son principal rival, Pepsi a choisi de dénoncer le stratagème aux autorités.
Ce choix a non seulement permis de protéger l’intégrité du marché, mais il a également transformé ce qui devait être le vol du siècle en l’un des complots industriels les plus maladroits de l’histoire récente.
Ce qu’il faut retenir
- Joya Williams travaillait au siège social de Coca-Cola.
- Elle a tenté de vendre des secrets industriels à Pepsi.
- Deux complices ont participé au stratagème.
- Pepsi a immédiatement signalé l’affaire à Coca-Cola.
- Le FBI a mis en place une opération d’infiltration.
- L’acheteur nommé « Jerry » était en réalité un agent fédéral.
- Williams a été condamnée à huit ans de prison.
- Cette affaire est devenue un cas d’école en matière d’éthique des affaires.
Tableau synthèse
| Élément | Détail |
|---|---|
| Année des faits | 2005-2006 |
| Entreprise visée | Coca-Cola |
| Acheteur approché | Pepsi |
| Montant initial demandé | 10 000 $ |
| Deuxième transaction | 75 000 $ |
| Offre finale | 1,5 million $ |
| Agent infiltré | Gerald Reichard (FBI) |
| Peine de Joya Williams | 8 ans de prison |
| Peine d’Ibrahim Dimson | 5 ans de prison |
| Peine d’Edmund Duhaney | 2 ans de prison |
FAQ
Qui était Joya Williams?
Une assistante administrative travaillant au siège social de Coca-Cola à Atlanta.
Quels secrets voulait-elle vendre?
Des documents internes, des courriels confidentiels ainsi que des informations liées à de nouveaux produits en développement.
Pepsi a-t-elle acheté les secrets?
Non. Pepsi a immédiatement signalé l’offre à Coca-Cola, qui a ensuite collaboré avec le FBI.
Qui était « Jerry »?
Il s’agissait de Gerald Reichard, un agent spécial du FBI agissant sous couverture.
Quelle a été la peine de Joya Williams?
Elle a été condamnée à huit ans de prison ainsi qu’au paiement d’une amende.
Sources :
Third defendant gets 2 years in Coke case, nbcnews.com, 5 juin 2007
The botched Coca-Cola heist of 2006, thehustle.co, 28 avril 2018
Former Coke secretary sentenced to 8 years, nbcnews.com, 23 mai 2007
Coca-Cola: une secrétaire coupable d’avoir tenté de vendre des secrets, lapresse.ca, 10 mai 2007
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Cet article est adapté d’un épisode de mon balado Drôles d’affaires, un podcast québécois qui raconte les histoires les plus étranges, inspirantes et captivantes du monde des affaires.
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