En 2006, la chaîne de restaurants Sizzler fait face à l’une des crises alimentaires les plus médiatisées de son histoire en Australie. Après la découverte de mort-aux-rats dans plusieurs bars à salade, l’entreprise commet une erreur qui aggrave considérablement la situation : elle attend 37 jours avant d’aviser les autorités. Retour sur une affaire qui a coûté des millions de dollars, entraîné une réforme législative et démontré l’importance de la transparence en gestion de crise.
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Introduction
Le 20 janvier 2006, on découvre une substance verte nébuleuse dans un bar à salade d’un restaurant Sizzler en Australie. Les dirigeants n’avisent pas les autorités craignant les impacts financiers et les conséquences sur les 1 600 employés des 28 succursales australiennes de la chaîne de restauration. Ils décident plutôt de faire analyser des échantillons par un laboratoire externe afin d’identifier ladite substance.
Un mois plus tard, soit le 25 février, la police fut appelée à se rendre dans une autre succursale Sizzler, car on avait signalé la présence de particules vertes dans la soupe et la sauce à salade. Les clients et les employés du restaurant qui avaient mangé la soupe signalèrent une sensation de brûlure dans leur bouche et leur gorge. Et pour cause, car on confirmera que les particules vertes retrouvées dans les aliments étaient ni plus ni moins que de la mort-aux-rats, un poison utilisé pour tuer les rongeurs.
Sizzler avise la santé publique
Ce n’est que le lendemain, soit 37 jours après les premiers événements, que les dirigeants de Sizzler se décidèrent à aviser la santé publique. Bo Ryan, le directeur de la chaîne de restaurants Sizzler de l’époque, admit que l’entreprise aurait dû informer les autorités plus tôt qu’elle ne l’avait fait, ce qui aurait permis d’analyser les échantillons beaucoup plus rapidement.
L’histoire va évidemment faire les manchettes des principaux médias australiens, ce qui aura un impact négatif sur l’entreprise. Ryan annoncera qu’aucun emploi ne sera perdu dans l’immédiat malgré les circonstances, mais que les heures de travail du personnel pourraient être réduites. Il annonça également la fermeture de tous les bars à salades de la chaîne en Australie jusqu’à nouvel ordre. Les succursales vont demeurer ouvertes, mais avec une offre limitée et un menu grillé uniquement.
Le gouvernement australien va quant à lui mettre en place une ligne téléphonique d’information 1-800 pour les demandes de renseignements du public. On va également conseiller aux personnes ayant mangé dans les restaurants impliqués au cours des dernières semaines de consulter leur médecin.
Un suspect arrêté
Les enquêteurs vont rapidement identifier un suspect. Une femme du nom de Jacqueline Elizabeth Forbes sera arrêtée le premier mars de la même année. Des membres du personnel ainsi que des caméras de surveillances vont confirmer sa présence sur les lieux lors des deux événements.
Les policiers trouvèrent chez l’accusée des vêtements correspondant à ceux des images captées par les caméras de surveillance, un sac en plastique contenant de petites particules vertes et des reçus pour des achats aux restaurants Sizzler, dont un daté du 25 février 2006.
Les bars à salade de Sezzler restent fermés
Malgré l’arrestation de Forbes, les bars à salades des 28 restaurants australiens vont demeurer fermés pendant quelques jours, le temps que l’entreprise installe des équipements de sécurité additionnels, notamment de nouvelles caméras de surveillance. Les employés devront être plus vigilants et les directeurs de succursales devront effectuer des tests de goût et des contrôles aléatoires.
La fermeture des bars à salades et les mesures de sécurité mises en place ont couté des millions de dollars à l’entreprise. Ryan déclara à l’époque qu’il s’agissait d’une somme d’argent considérable, soit des centaines de milliers de dollars en pertes quotidiennement, car les bars à salade représentaient jusqu’à 60% des revenus de Sizzler.
Le gouvernement australien va profiter de cette crise pour modifier sa législation. On adoptera une loi exigeant des restaurants qu’ils signalent un incident de contamination présumé dans les 24 heures sous peine de se voir infliger une amende de 15 000 dollars.
L’accusée jugée non criminellement responsable
Forbes a fait face à plusieurs chefs d’accusation en lien avec cette affaire, mais elle n’a pas été jugée criminellement responsable en raison de son état mental. Elle a nié toutes les accusations et a affirmé qu’elle faisait partie des victimes qui avaient été empoisonnées chez Sizzler.
Selon elle, les accusations à son endroit représentaient une preuve que la police était corrompue. Elle estimait que les policiers pouvaient avoir un certain ressentiment à son égard parce que, pendant l’interrogatoire de police, elle avait fait des commentaires sur les « flics véreux ».
Des antécédents psychiatriques
On apprendra que Forbes avait des antécédents psychiatriques lors du procès. Au début des années 2000, elle a été admise à l’hôpital Gold Coast pendant trois jours pour délire. On a diagnostiqué qu’elle souffrait d’un trouble psychotique, mais elle a été libérée après avoir refusé un traitement de suivi.
Elle a ensuite été admise au Royal Brisbane Women’s Hospital en juin 2004 pour une période d’un mois. Le psychiatre traitant de Forbes à l’époque a mentionné qu’elle était préoccupée par le fait d’être exposé à des poisons contaminants. Il a également été démontré qu’elle souffrait de schizophrénie chronique, caractérisé par des délires bizarres et des hallucinations olfactives liées à des personnes essayant de l’empoisonner.
Le tribunal australien a finalement ordonné que Forbes soit détenue en tant que patiente médico-légale d’un centre de santé mentale pour un traitement involontaire. Quelques mois plus tard, elle échappa à l’attention du personnel et s’enfuit de l’aile psychiatrique de l’établissement où elle était incarcérée.
Sizzler cesse ses activités en Australie
En octobre 2020, Collins Food, la société qui exploitait la marque Sizzler en Australie, annonça la fermeture de ses neuf derniers établissements en raison de l’impact de la COVID-19. Environ 600 employés se sont vu proposer des indemnités de licenciement et Collins Foods indiqua qu’elle chercherait à redéployer le personnel dans ses établissements PFK et Taco Bell.
Conclusion
L’histoire de Sizzler démontre qu’en situation de crise, le plus grand danger n’est pas toujours l’incident lui-même.
La présence de mort-aux-rats dans un restaurant représentait évidemment un problème majeur. Toutefois, ce qui a véritablement amplifié la crise fut la décision d’attendre 37 jours avant d’informer les autorités.
En tentant de protéger son image et ses résultats financiers, l’entreprise a involontairement alimenté la controverse, multiplié les pertes et contribué à une réforme législative.
Une leçon que toutes les organisations devraient retenir : lorsqu’un problème menace la sécurité du public, la transparence rapide coûte généralement beaucoup moins cher que le silence.
Ce qu’il faut retenir
- Une substance suspecte est découverte dans un restaurant Sizzler le 20 janvier 2006.
- L’entreprise attend 37 jours avant d’aviser les autorités.
- Les analyses confirment la présence de mort-aux-rats.
- Les 28 bars à salade de Sizzler en Australie sont fermés temporairement.
- Les pertes se chiffrent à plusieurs millions de dollars.
- Une nouvelle loi oblige ensuite les restaurateurs à signaler les contaminations présumées dans les 24 heures.
- La suspecte est jugée non criminellement responsable en raison de troubles mentaux.
Tableau synthèse
| Élément | Détail |
|---|---|
| Date du premier incident | 20 janvier 2006 |
| Entreprise | Sizzler Australie |
| Nature de l’incident | Présence de mort-aux-rats dans des aliments |
| Délai avant l’avis aux autorités | 37 jours |
| Nombre de restaurants concernés | 28 |
| Employés en Australie | Environ 1 600 |
| Suspecte arrêtée | Jacqueline Elizabeth Forbes |
| Verdict | Non criminellement responsable |
| Conséquence législative | Déclaration obligatoire sous 24 heures |
| Fermeture définitive de Sizzler Australie | 2020 |
FAQ
Pourquoi Sizzler a-t-elle attendu avant d’aviser les autorités?
Les dirigeants craignaient les conséquences financières et les répercussions sur les emplois. Ils ont d’abord choisi de faire analyser les échantillons de façon privée.
Qui était responsable de l’empoisonnement?
Les enquêteurs ont arrêté Jacqueline Elizabeth Forbes. Toutefois, le tribunal a conclu qu’elle n’était pas criminellement responsable en raison de graves troubles mentaux.
Combien cette crise a-t-elle coûté à Sizzler?
Les chiffres exacts n’ont jamais été dévoilés, mais l’entreprise a indiqué perdre plusieurs centaines de milliers de dollars par jour durant la fermeture des bars à salade.
La crise a-t-elle changé la réglementation australienne?
Oui. Une nouvelle loi a été adoptée afin d’obliger les restaurateurs à signaler tout incident de contamination présumé dans les 24 heures.
Sizzler existe-t-elle encore en Australie?
Non. Les dernières succursales australiennes ont fermé leurs portes en 2020.
Sources :
- Woman charged over Sizzler rat poison scare, theage.com, 2 mars 2006
- Sizzler shuts salad bars over poison scare, abc.net, 28 février 2006
- Sizzler poison suspect escapes, couriermail.com, 14 juin 2007
- Sizzler poisoning suspect ‘unstable’, smh.com, 3 mars 2006
- https://archive.sclqld.org.au/qjudgment/2007/QMHC07-007.pdf, sclqld.org, 22 juin 2007
- Sizzler restaurants in Australia to close permanently by November 15, 9news.com, 2 octobre 2020
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