La bière Dow : le scandale québécois qui aurait fait 20 morts

La bière Dow : le scandale québécois qui aurait fait 20 morts

Découvrez l’histoire fascinante et troublante de la bière Dow : son ascension fulgurante, la mystérieuse vague de décès qui a secoué la ville de Québec au milieu des années 1960, la panique médiatique qui s’en est suivie et la chute spectaculaire d’une marque qui semblait intouchable. Une histoire vraie mêlant affaires, peur collective, gestion de crise et perte de confiance du public.

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Cet article est adapté d’un épisode de mon podcast Drôles d’affaires. Utilisez le lecteur ci-dessous pour écouter cet épisode ou choisissez votre plateforme préférée parmi les options proposées.

Comment la bière Dow est devenue la bière la plus populaire du Québec

Pendant des années, une bière a dominé le Québec.

Dans les tavernes, les restaurants, les épiceries et les foyers, son nom était partout : Dow.

La bière Dow

Ce qui rend cette histoire encore plus fascinante, c’est que l’entreprise Dow n’était pas une petite entreprise inconnue. Fondée à Montréal à la fin du XVIIIe siècle, la brasserie figurait parmi les plus anciennes du Canada.

Au début des années 1960, la marque atteint des sommets impressionnants. Elle contrôle environ 51 % du marché québécois. Pour la ville de Québec, ce chiffre atteint 85 %.

À son apogée, la brasserie emploie plus de 1 000 personnes dans ses installations de Montréal et de Québec et vend davantage de bière que ses concurrentes Molson et O’Keefe réunies.

Pour de nombreux consommateurs, elle fait littéralement partie du quotidien.

L’entreprise innove constamment. Profitant de la montée du nationalisme québécois, elle lance même la Kébec, présentée comme « la bière au goût du Québec moderne ».

Dow semble alors avoir tout compris : le produit, le marketing et les habitudes de consommation des Québécois.

Rien ne semble pouvoir ralentir son ascension.

Une mystérieuse maladie frappe Québec

Mais au milieu des années 1960, une étrange série de cas médicaux commence à inquiéter les médecins de Québec.

Entre août 1965 et avril 1966, 48 personnes sont hospitalisées avec une maladie cardiaque inhabituelle. La presque totalité des patients sont des hommes âgés d’environ 30 à 50 ans. Plusieurs sont de très grands consommateurs de bière, parfois plus de six litres par jour.

Vingt d’entre eux décèdent.

La maladie sera éventuellement connue sous le nom de « cardiomyopathie des buveurs de bière de Québec ».

Plusieurs victimes sont également des débardeurs du port de Québec, selon les études médicales et historiques publiées sur l’affaire.

Ce qui inquiète particulièrement les médecins, c’est la rapidité avec laquelle certains patients se détériorent. Des hommes relativement jeunes développent soudainement de graves problèmes cardiaques en quelques semaines seulement.

Au départ, le public ignore complètement ce qui se passe.

La Presse révèle l’affaire au grand public

Puis, le 26 mars 1966, l’histoire éclate dans les médias.

Le journal La Presse rapporte qu’Ottawa enquête à Québec sur la mort étrange d’une quinzaine de personnes. Rapidement, les rumeurs se multiplient. On parle d’un produit ajouté à la bière. Certains médias évoquent une enzyme. D’autres avancent des chiffres contradictoires concernant le nombre réel de victimes.

En quelques jours à peine, une crise médicale devient une véritable crise médiatique.

L’affaire attire même l’attention de chercheurs ailleurs dans le monde, puisque des cas semblables de cardiomyopathie liés à la bière avaient déjà été observés aux États-Unis et en Belgique.

Pendant ce temps, l’inquiétude grandit rapidement au Québec.

Certains journaux commencent alors à utiliser des manchettes sensationnalistes associant directement Dow aux décès. Dans l’imaginaire collectif, la marque cesse peu à peu d’être simplement une bière. Pour plusieurs consommateurs, elle devient désormais « la bière qui tue ».

Le gouvernement du Québec ouvre une enquête

Le 30 mars 1966, Éric Kierans, alors ministre québécois de la Santé, intervient publiquement afin de calmer la situation.

Il confirme qu’un médecin de Québec a signalé un possible lien entre une consommation excessive de bière et une forme particulière de myocardose. Il précise toutefois qu’aucune inspection de la brasserie n’a permis de conclure à une contamination de la bière.

Pendant ce temps, les analyses se poursuivent dans plusieurs laboratoires gouvernementaux à Québec, Montréal et Ottawa.

Mais malgré les enquêtes en cours, la pression médiatique devient énorme.

Dow retire sa bière du marché

Le lendemain, Dow prend une décision spectaculaire.

La brasserie annonce qu’elle retire du marché toutes les bières produites dans son usine de Québec et suspend immédiatement les activités de cette installation.

Les bouteilles disparaissent rapidement des tavernes, des restaurants, des hôtels, des épiceries et des commerces détenant un permis d’alcool. Les consommateurs sont également invités à retourner les produits en leur possession afin d’obtenir un remboursement.

L’opération est gigantesque.

Selon plusieurs récits historiques, environ 500 000 gallons de bière auraient été retirés du marché puis détruits. Pour accélérer le processus, Dow aurait même fabriqué un outil capable de retirer cinq bouchons simultanément. Tout ce liquide sera ensuite déversé dans le fleuve Saint-Laurent.

Pour donner une idée de l’ampleur de l’opération, cette quantité représentait l’équivalent d’environ 2 millions de bouteilles de 341 ml vidées dans les égouts et le fleuve.

Selon certains témoignages de l’époque, une forte odeur de bière aurait même flotté dans certains secteurs de Québec pendant l’opération.

Dow croit probablement poser un geste responsable afin de protéger la population et calmer la crise.

Mais l’effet sera exactement l’inverse.

Comment Dow a perdu la confiance du public

Pour plusieurs consommateurs, ce retrait massif ressemble davantage à un aveu qu’à une simple mesure préventive.

Même si les enquêtes officielles ne concluent jamais formellement que la bière Dow est responsable des décès, la perception populaire, elle, a déjà rendu son verdict.

La confiance est brisée.

Et dans une crise de réputation, la perception du public peut parfois avoir beaucoup plus d’impact que les conclusions officielles.

En l’espace de quelques mois, l’image de Dow s’effondre complètement au Québec.

Une marque qui semblait intouchable devient soudainement associée à la peur, aux décès et à la méfiance.

Le sulfate de cobalt : le principal produit soupçonné

Au cœur de cette affaire se trouve un produit aujourd’hui interdit dans la fabrication de bière : le sulfate de cobalt.

Dans les années 1960, certaines brasseries utilisaient des sels de cobalt afin de stabiliser la mousse de leurs produits. Dow n’était d’ailleurs pas la seule entreprise à utiliser cette pratique à l’époque.

Selon certaines hypothèses avancées par les chercheurs, la bière produite à Québec aurait contenu davantage de sulfate de cobalt afin de répondre à la préférence locale pour les bières avec un collet de mousse particulièrement abondant.

Des cas similaires de cardiomyopathie associée à la bière seront également rapportés dans d’autres villes, notamment à Omaha, Minneapolis et Louvain, en Belgique.

Le cobalt est aujourd’hui considéré comme un facteur important dans cette maladie. Toutefois, plusieurs études médicales précisent que le syndrome semble avoir été multifactoriel.

Les victimes étaient souvent de très grands consommateurs d’alcool et souffraient parfois de carences alimentaires importantes.

Autrement dit, le cobalt n’aurait probablement pas agi seul.

Dans le cas de Québec, une hypothèse demeure particulièrement troublante : la bière produite dans l’usine Dow de Québec aurait contenu une concentration de cobalt plus élevée que celle produite ailleurs.

Certaines sources évoquent même une concentration jusqu’à 10 ou 16 fois supérieure, bien que ces chiffres n’aient jamais été officiellement confirmés.

Un élément continue néanmoins d’alimenter les soupçons : après l’arrêt de la production à Québec et l’abandon du cobalt dans la bière, aucun nouveau cas semblable n’aurait été signalé dans la région.

L’affaire Dow contribuera d’ailleurs à transformer certaines pratiques dans l’industrie brassicole. Après cette crise, l’utilisation du sulfate de cobalt dans la bière sera abandonnée et les contrôles entourant les additifs alimentaires deviendront beaucoup plus rigoureux.

La chute spectaculaire de la bière Dow

Pour Dow, les conséquences sont dévastatrices.

La marque, qui dominait autrefois le marché québécois, voit ses ventes s’effondrer.

En 1967, la brasserie est vendue à O’Keefe.

Malgré cette crise majeure, la bière Dow ne disparaît pas immédiatement. La marque demeure sur le marché pendant plusieurs décennies et remporte même certains prix internationaux en 1968, 1969 et 1970.

Mais elle ne retrouvera jamais sa domination d’autrefois.

En 1998, la bière Dow disparaît définitivement du marché.

Pourquoi l’histoire de la bière Dow fascine encore aujourd’hui

L’histoire de la bière Dow dépasse largement le simple scandale alimentaire.

C’est une histoire où la science, les médias, la peur collective et la réputation commerciale s’entrechoquent.

C’est aussi un exemple frappant de l’importance de la confiance dans le monde des affaires.

Car une entreprise peut parfois survivre à une enquête, à une erreur ou même à une controverse.

Mais elle ne survit pas toujours à la perte de confiance du public.

Pour en savoir plus, je vous invite à regarder un reportage produit par Radio-Canada en cliquant ici.

Ce qu’il faut retenir

  • La bière Dow dominait largement le marché québécois dans les années 1960.
  • Une mystérieuse vague de décès frappe Québec entre 1965 et 1966.
  • Une vingtaine de personnes meurent d’une cardiomyopathie inhabituelle.
  • Le sulfate de cobalt utilisé dans certaines bières est fortement soupçonné.
  • Le retrait massif des produits provoque une énorme crise de confiance.
  • La marque Dow ne se remettra jamais complètement de cette affaire.

Tableau synthèse

ÉlémentInformation
Période du scandale1965-1966
Nombre de victimesEnviron 20 décès
Ville principale touchéeQuébec
Cause soupçonnéeSulfate de cobalt
Produit concernéBière Dow produite à Québec
ConséquenceEffondrement des ventes
Disparition de la marque1998

FAQ sur la bière Dow

Combien de personnes sont mortes dans l’affaire de la bière Dow?

Environ vingt personnes sont décédées entre 1965 et 1966 à Québec après avoir développé une grave maladie cardiaque.

Qu’est-ce que le sulfate de cobalt?

Le sulfate de cobalt était un additif utilisé expérimentalement par certaines brasseries afin de stabiliser la mousse de la bière.

La bière Dow était-elle officiellement responsable des décès?

Les enquêtes officielles n’ont jamais établi de lien formel définitif entre la bière Dow et les décès. Toutefois, plusieurs experts soupçonnent fortement le sulfate de cobalt utilisé dans certaines productions.

La bière Dow existe-t-elle encore?

Non. La marque a disparu définitivement du marché en 1998.

Article mis à jour le 24 mai 2026

Sources :

La drôle d’histoire du Québec et de sa bière, lesoleil.com, 21 juin 2017
Le mythe de la bière Dow, Société d’histoire de Coaticook
Le mystère de la Dow, le Journal de Montréal, 22 mai 2011

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Cet article est adapté d’un épisode de mon balado Drôles d’affaires, un podcast québécois qui raconte les histoires les plus étranges, inspirantes et captivantes du monde des affaires.

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